Pourquoi la semaine de quatre jours n'est-elle pas souhaitable ?

Publié le par Stéphane Guinot

Depuis la rentrée 2008, presque toutes les écoles élémentaires et maternelles de France ont adopté la semaine de quatre jours, mesure à laquelle l'opinion publique est très favorable. En 2002, l'Inspection générale de l'Éducation nationale (IGEN) publiait pourtant un rapport très critique vis à vis de ce type d'organisation (http://media.education.gouv.fr/file/05/3/6053.pdf). En 2009, un nouveau rapport de l'IGEN est sorti. Selon les deux inspecteurs auteurs du rapport, Philippe Claus et Odile Roze « les conséquences du resserrement du temps scolaire se font sentir sur la fatigue des élèves et des enseignants ». Reprenons point par point, les éléments qui nous permettent d'affirmer que la semaine de quatre jours est inadaptée et néfaste pour les apprentissages des élèves à l'école primaire.

 

Moins d'heures passées en classe...


Avec la semaine de quatre jours (24 heures d'enseignement par semaine au lieu de 26) les élèves perdent sur toute leur scolarité primaire près de 650 heures (2 heure x 36 semaines x 9 années = 648 heures), ce qui correspond à 25 semaines d'école en moins (l'équivalent de 70 % d'une année scolaire !!!). Les élèves de l'école primaire passent 140 jours par an à l'école en France alors que la moyenne européenne est de 185 jours.


... + des programmes de plus en plus chargés


Malgré cette diminution du temps scolaire, les programmes n'ont pas été allégés. Bien au contraire, ils ont été alourdis. L'histoire de l'art a fait son apparition dans les programmes 2008 et les notions difficiles sont à « acquérir » de plus en plus tôt.


= des journées plus denses, des élèves fatigués et des programmes « survolés »


De ces observations qui relèvent du bon sens, il en ressort que les journées de classe sont de plus en plus denses. Ceci n'est pas sans incidence sur la fatigue des élèves qui ont de plus en plus de mal à rester attentif, à se concentrer et à assimiler les notions vues en classe. Dans les autres pays européens, les temps scolaire est réparti sur plus de jours, ce qui permet d'alléger la journée de classe. Les élèves sont alors plus disponibles pour les apprentissages.


De plus, pour « boucler » les programmes, les enseignants sont obligés de faire un tri et de « survoler » certains points du programme ou même certaines matières. Je pense notamment aux matières artistiques, à l'histoire et à la géographie, qui permettent, lorsqu 'elles peuvent être enseignées dans de bonnes conditions, de développer la créativité ainsi qu'un esprit d'analyse critique.



Une réforme qui accroît les inégalités


« Lors d'évaluations en lecture, là où on observait un élève en difficulté l'année dernière, on en observe dix aujourd'hui. », commente un enseignant en poste dans une banlieue «sensible » de l'agglomération dijonnaise. « Maintenant, les élèves ne lisent plus, le mercredi, le samedi et le dimanche. C'est surtout vrai, pour les élèves des zones sensibles qui ont un contexte socio-économique et socio-culturel particulier. », poursuit-il. En effet, dans les milieux aisés, les enfants ont souvent la possibilité de participer à des activités culturelles et sportives lorsqu'ils ne sont pas en classe. Dans les milieux défavorisés, les enfants n'ont pas cette chance. Ils apprennent alors la passivité, devant leur écran de télé vision, en ingurgitant des programmes abrutissants qui les calment le week-end et les excitent pour le reste de la semaine.


Stéphane Guinot

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Instit 17/09/2009 19:26

Si on ne bosse pas le samedi et le dimanche, et qu'on ne veut pas de la semaine de quatre jours, il faut obligatoirement bosser le mercredi, non?
Le citoyen qui tient ce blog est donc favorable au travail du mercredi ?

Stéphane Guinot 17/09/2009 19:35


à moins de repenser le temps scolaire sur l'année. Et là, impossible de dire ce qui va se faire ou pas, si les mercredis seront libres ou pas, si les samedis seront libres ou pas. Il faut d'abord
se concerter entre personnes qui connaissent le sujet (représentants des enseignants, psychologues, chronobiologistes, pédagogues, etc...) pour voir quel calendrier il est possible de mettre en
place, avec quel volume horaire d'enseignement annuel, hebdomadaire, quotidien, quelle alternance concernant les vacances. Le sujet est trop vaste pour qu'on puisse tirer des plans sur la
comète. A mon avis, ce qu'il faut, c'est engager un véritable dialogue pour repenser l'organisation du temps scolaire dans l'intérêt des enfants, mais aussi sans que les enseignants ne soient
lésés. Pour cela, il faut DE LA CONCERTATION !!! (c'est ce qu'il manque aujourd'hui...)

Quand à savoir si je suis favorable au travail le mercredi, voici ma réponse :
Les chercheurs, comme François TESTU, pensent que supprimer le samedi matin d'école est une mauvaise chose. je le pense aussi. Certains pensent que mettre la classe le mercredi matin à la place du
samedi matin permettrait de corrgier l'erreur de la supression du samedi matin. Je ne le pense pas. Car d'après François Testu, c'est la coupure de deux jours qui est néfaste à la concentration, à
l'attention et donc aux apprentissages, que le mercredi soit travaillé ou non. Personnellement, je pense que la coupure du mercredi est souhaitable aussi bien pour les élèves que pour les
enseignants.

et que nous soyons d'accords ou pas (je pense qu'on l'est sur le fond), merci à Instit de poster des commentaires. Cela permet un vrai débat qui nous entraîne dans une réflexion plus poussée.


Instit 17/09/2009 18:49

Le Snuipp est donc favorable à ce que nous bossions le mercredi matin ? Et c'était ce qu'il avait en vue lorsqu'il a signé le protocole ?

Il faut faire connaître cette info de toute urgence aux collègues. Merci en tout cas de le faire savoir sur ce site.

Stéphane Guinot 17/09/2009 19:13



Là, je pense qu'il y a méprise. Je vais donc remettre les choses au point.

1 - L'avis que j'exprime sur ce blog n'est nullement l'avis d'un syndicat (SNUipp ou autre). Je parle en mon nom personnel, en tant que citoyen.

2 - Je disais juste (en mon nom personnel, je le répète), qu'accepter la suppression du samedi matin n'équivalait pas à accepter la semaine de 4 jours. D'autres types d'organisation sont
possibles : par exemple, faire classe le mercredi matin. (mais d'autres exemples d'organisation sont possibles !!!)

A mon sens, le samedi matin est préférable au mercredi matin (pour les raisons évoquées par François Testu dans son livre). Mais je pense (avis personnel), que l'organisation du temps scolaire
doit être repensée sur l'année.

Pour éviter de tout mélanger, merci de considérer mon avis comme celui d'un citoyen et non comme celui d'un syndicat !!!! Même si je peux avoir une certaine sympathie pour le SNUipp, les analyses
que je développe sur ce site sont les analyses personnelles d'un citoyen et non celles de tel ou tel syndicat. ce blog est loin d'être le blog du SNUipp. Ce blog est un blog sur
l'actualité de l'éducation géré par un individu qui s'appelle Stéphane Guinot.

Par mon commentaire, j'ai juste voulu dire qu'il fallait faire attention à ne pas tirer des conclusions trop hâtives, que chaque mot avait un sens, qu'il fallait faire attention à ce qu'on
lit et aux conclusions qu'on en tire.

Je le répète donc : être d'accord avec la suppression du samedi matin n'équivaurt pas à favorable à la semaine de quatre jours !!! C'est une analyse personnelle et très sincèrement, je ne
sais pas quel était la stratégie et la position du SNUipp sur ce point. Les mots veulent dire ce qu'ils veulent dire et "suppression du samedi matin de classe" ne veut pas dire "semaine de quatre
jours", mais bien "suppression du samedi matin de classe".

On ne peut pas faire dire n'importe quoi à n'importe qui !

Merci de ne pas considérer mes propos comme émanant d'un syndicat. Je suis en pleine possession de mes moyens intellectuels et physiques. J'ai la capacité de réfléchir par moi-même, de
penser par moi-même, d'analyser par moi-même (etc...) et pas seulement à travers l'oeil de tel ou tel syndicat.

Les propos que je tiens sur ce blog n'engagent que moi, en tant que personne.

Merci

(Lorsque je publierai des communiqués émanant d'un syndicat, je le préciserai en début d'article)

Stéphane Guinot



Instit 17/09/2009 00:22

Si, la suppression de 2h de cours pour tous les élèves était actée dans le protocole signé par le Snuipp:

" Sur le fondement de ces principes, les syndicats et le ministre de l’Education nationale conviennent d’un programme de travail portant sur le réinvestissement des heures libérées par la suppression des heures de cours du samedi matin. Avec la 27ème heure déjà consacrée à la concertation et à la formation, ce sont 108 heures qui sont rendues disponibles dans l’année."(Extrait du protocole)

Stéphane Guinot 17/09/2009 18:24


Non, la suppression de deux heures de cours  le samedi matin était actée ! Par contre, la semaine de quatre jours n'était pas actée.  Car il aurait très bien pu ressortir du programme de travail que les heures libérées par la
suppression du samedi matin soit misent au mercredi matin matin. Ce qui n'a pas été lé cas.


Instit 16/09/2009 21:53

Pourtant le Snuipp était d'accord avec la suppression du samedi puisqu'il a signé le "protocole de discussions sur la suppression du samedi matin" avec Darcos...

Stéphane Guinot 16/09/2009 22:19


Effectivement, le SNUipp a signé avec le SGEN et le SE-UNSA. Le SNUipp est un syndicat pluraliste qui comprend plusieurs tendances. Tout le monde au sein du syndicat n'est certainement pas toujours
d'accord avec ce qui se dit au niveau national. Je sais que quelques militants sont contre la supression du samedi matin. D'autres plus nombreux, sont favorables aux cours le mercredi matin. Dans
le protocole de discussion signé par le SNUipp le SE-UNSA et le SGEN, il n'était nullement indiqué que la supression du samedi matin allait entraîner une suppression de deux heures de classe par
semaine pour la plupart des élèves. Le programme de travail concernant le réinvestissement des deux heures supprimées a eu lieu après. Le SNUipp n'a d'ailleurs pas signé relevé de conclusions sur
le réinvestissement des heures libérées par la suppression des heures de cours du samedi matin. Le SGEN et le SE-UNSA l'ont signé, actant ainsi la supression de deux heures de classe par semaine et
l'alourdissement de la journée de classe pour les élèves en difficulté.