Professeurs des écoles stagiaires : une situation inacceptable ! L'exemple de la Côte d'Or

Publié le par Stéphane Guinot

94 professeurs des écoles stagiaires (PES), ayant passé le concours en mai-juin dernier, ont fait leur rentrée en septembre en Côte d'Or. 48 d’entre eux seulement sont suivis par des Professeurs des écoles maîtres formateurs (PEMF en école d’application). 8 autres auront comme tuteurs des titulaires du Certificat d'aptitude aux fonctions d'instituteurs ou de professeurs des écoles maîtres formateurs (CAFIPEMF) qui ne sont pas maîtres formateurs. Les 38 restants seront suivis par des maîtres d’accueil temporaires (MAT), c’est à dire des enseignants non titulaires du CAFIPEMF choisis sans appel à candidature par les Inspecteurs de l'Éducation nationale (IEN) pour remplir cette fonction et qui n'ont jamais été « formés à former ».

Ce qui est étonnant, c’est que certains titulaires du CAFIPEMF n’ont jamais été contactés pour assurer le suivi de ces stagiaires. Une question se pose alors : sur quels critères s’est donc faite la sélection des tuteurs (hors PEMF) ?

Nous savons depuis la rentrée que ces maîtres d’accueil temporaire qui reçoivent des stagiaires bénéficient d’une journée de décharge par semaine et de l’indemnité comme les PEMF ! Sans remettre en cause les besoins de temps et la nécessaire rémunération des missions accomplies par ces collègues, quelle reconnaissance du CAFIPEFM et des exigences requises pour son obtention?


Les professeurs des écoles stagiaires ont passé leur première période de classe en doublette (ou seuls pour certains) dans la classe de leur tuteur. Ils étaient, pendant ces deux semaines avant les congés d’Automne en circonscription et à l’IUFM pour une formation « théorique ».

Ceux qui avaient déjà connaissance de leur future affectation (seul en responsabilité dans une classe) ont eu la chance de pouvoir prendre contact pendant deux jours avec l’enseignant ayant assuré le début de l’année. A noter que certains personnels remplaçants qui ont fait la rentrée dans ces classes et qui projetaient leur remplacement sur un long terme ont appris par le stagiaire lui-même, peu de temps avant son arrivée, qu’ils seraient dessaisis de leur classe après les vacances. Quel mépris de la part des IEN pour les personnels qui s’impliquent dans leurs missions de remplacement et pour les élèves de ces classes !

Les professeurs des écoles stagiaires recevront 8 visites lorsqu’ils seront en pleine responsabilité de classe, 4 de leur tuteur - PEMF ou MAT - et 4 d’un Conseiller pédagogique de circonscription. Pour la validation de l'année de stage et la titularisation, il est indiqué que l'IEN, pour donner son avis, doit se baser sur 1 rapport du tuteur qui fera une synthèse.

En Côte d'Or, c'est l'équipe de suivi du stagiaire qui établit un rapport transmis à l'IEN de la circonscription d'affectation du stagiaire, lequel émet un avis sur la base de ce rapport.

Puis, un jury académique de 5 ou 6 IEN prendra la décision finale.. Quoi qu'il en soit, il est à noter que le pouvoir de titularisation est de plus en plus entre les mains des IEN.


Pour l’instant, des interrogations subsistent quant aux remboursements des frais de déplacement de l’équipe de suivi. De même des précisions seront demandées à l’administration par le SNUipp-FSU concernant l’affectation des PES et leurs modalités de remboursement (formation, remplacement dans les classes…).


Un autre constat s’impose : la formation à l’intérieur du département est très inégale entre les stagiaires formés en école d’application et les autres. En effet, d’une part dans les écoles d’application, les stagiaires ont pu « tourner » dans les classes des maîtres formateurs et ainsi voir plusieurs niveaux, ce qui est impossible pour les autres stagiaires car les collègues tuteurs ne bénéficient pas d’un réseau de formateurs autour d’eux.

D’autre part, certains professeurs des écoles en formation ont été affectés dès novembre dans une classe du même niveau que celui qu’ils ont pu observer et pratiquer dans la classe du tuteur ou, pour d’autres, dans un niveau complètement différent. Comment un fonctionnaire stagiaire pourra-t-il enseigner correctement la lecture à des CP ou des CE1 s’il n’a pu voir qu’une classe de CM2 ?


Cette nouvelle situation risque, très rapidement, d’engendrer pour nos jeunes collègues une souffrance au travail qui peut avoir des conséquences lourdes. Cette souffrance pourra avoir plusieurs causes :

- incapacité à gérer des élèves au comportement difficile car les stagiaires n’auront pas reçu de formation pour cela. Le DVD intitulé « Tenue de classe, la classe côté professeur », que nous vante fièrement notre ministre de l’Education nationale, n’est pas une solution satisfaisante. Une distribution de DVD ne peut se substituer à une véritable formation !

- difficulté à gérer les relations avec les parents. Une relation mal gérée peut être source de tension et de stress.

- sentiment d’inefficacité du stagiaire qui est « lâché » dans une classe en novembre sans avoir reçu de véritable formation.

- surcharge de travail : préparer sa classe, lorsqu’on débute, ça prend du temps ! Les stagiaires, en deux mois d’observation et de pratique, n’ont pas encore développé toutes les stratégies et compétences pour préparer efficacement leur semaine de classe sur un temps limité. D’autant plus que le temps qu’ils pourront consacrer aux préparations sera très restreint étant donné que certains mercredis seront consacrés à de la formation au sein de l’IUFM, seules heures de formation pour l’année.


Tout cela ne sera pas sans conséquence sur la qualité de l’enseignement dispensé aux élèves ! Fatigue des professeurs, stress, risques de dépression, manque de formation initiale et continue… Tout cela aura un coût sans doute bien supérieur à l’argent que le gouvernement souhaite économiser en détruisant le service public d’éducation ! Nous payerons tous la facture dans les années à venir.


Stéphane Guinot

Publié dans réformes

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Stéphane Guinot 09/02/2011 17:48


Le but de mon article n'est pas de faire pleurer. Le problème que vous soulevez, je le soulève également dans mon article ! On ne peut pas demander à des enseignants non formés d'enseigner
correctement !!! De même pour les règles de sécurité. Avant, tout cela était expliqué à l'IUFM ! Maintenant, ce n'est plus cas ! Du coup, les élèves en font les frais. Mais qui faut-il blâmer ? Le
PES qui ne reçoit plus aucune formation ou le gouvernement qui a supprimé la formation ? Pour info : le syndicat d'enseignant auquel j'appartiens (SNUipp-FSU 21)organise une journée de stage à
destination des PES sur les droits et les devoirs du fonctionnaire, la sécurité, la responsabilité. Ce stage, que j'animerai, aura lieu le vendredi 1er avril dans les locaux du SNUipp-FSU 21 (45
rue Parmentier à Dijon) de 09h00 à 17h00. Un premier stage avait déjà été organisé en décembre.

J'ai également à ma disposition un guide sur la sécurité et la responsabilité édité par le SNUipp-FSU. Je peux le transmettre sous format numérique.

Stéphane Guinot


Margaux 09/02/2011 17:18


Votre article est tres interessant , et on a presque envie de pleurer quand on voit le sort reservé a ses pauvres petits PES....

alors maintenant je vais vous donner mon point de vue de parent d eleve qui a cette chance formidable d avoir une PES a al place de l enseignante titulaire....je n ai qu un mot a dire : elle est en
train de massacrer l annee de CP de mon fils...aucune methode, totalement debordée, ne sait pas tenir sa classe, ne respecte meme pas les consignes de securite de base (un enfant a 6 peut
eventuellement se faire ecraser par une voiture, mais elle n en a absolument pas conscience!!), est en train de degouter certains eleves de la classe de l ecole(une petite fille va a l ecole avec
mal au ventre tous les matins....)..bref la liste et longue , et elle devrait envisager une autre orientation professionnelle..mais elle ne s en rendra compte qu en juin , quand elle aura massacre
l avenir scolaire d une petite dizaine de gamins...

donc leurs etats ames ou leur petits problemes de depressions, moi je m en fous , tout le monde oublie que derriere il y a des enfants!!!et moi, ca fait deja plusieurs semaines que jen en dors plus
la nuit!!


Stéphane Guinot 02/12/2010 23:25


Réponse de Stéphane Guinot à Waltremez :

Choisir le métier d’enseignant par défaut ??? Je ne le pense pas. Le concours est bien trop difficile est les pourcentages de réussite assez bas. On ne devient pas enseignant en claquant des
doigts. Le concours demande une longue préparation. Il demande aussi aux candidats d’être complet au niveau de la maîtrise des disciplines.

J’ajouterais également, pour vous répondre, qu’on ne peut pas savoir à l’avance si on est capable d’enseigner ou pas. Un premier tri est fait lors du concours (ce tri est certes mauvais puisqu’il
se base presque uniquement sur la maîtrise des disciplines), un deuxième tri (plus axé sur la pédagogie, la didactique et la gestion de la classe) est fait lors de l’année de stage avec des
stagiaires qui sont prolongés dans leur année de stage ou directement licenciés.

Concernant les vacataires, la situation est dramatique, mais pas dans le sens où vous le dites. Très souvent, ils sont recrutés sur un simple entretien de quelques minutes où les compétences de la
personne ne sont même pas vérifiées. L’entretien a juste pour but d’informer le vacataire sur son futur poste. J’ai moi-même fait des vacations en lycée et vécu un entretien de ce type. A certains
endroits, on manque cruellement de prof. Pour l’administration, il faut mettre qq’un devant la classe, même si cette personne n’est pas compétente. Je n’étais pas compétent pour enseigner l’option
Sciences éco en lycée, pourtant j’ai été recruté car j’avais passé 5 ou 6 ans auparavant, un bac en choisissant cette option... Mais je n’avais jamais appris à construire une séance et à enseigner,
je ne connaissais même pas les programmes !

La politique actuelle, aussi bien dans les écoles que dans les collèges et les lycées est de réduire drastiquement le nombre de titulaires formés au profits de vacataires non formés et précaires,
donc plus vulnérables et plus incités à répondre positivement aux injonctions souvent abusives de l’administration. Nous verrons les conséquences de cette politique dans quelques années. Dès les
prochains mois, nous aurons sur le marché du travail des lauréats de Masters (métiers de l’éduc, etc...) qui n’auront pas le concours. Le master qu’ils auront ne leur permetta pas de s’insérer sur
le marché du travail. Nous risquons donc de voir se constituer un vivier de vacataires et de précaires qui seront employés pour faire des remplacements (courts ou longs). Ces employés précaires
obéiront au doigt et à l’oeil à une administration qui cherche de plus en plus à caporaliser le métier.


Stéphane Guinot 02/12/2010 23:24


Commentaire de Waltremez posté sur Agoravox :

"Le problème c’est effectivement pas tant la formation que beaucoup d’apprentis profs choisissent cette filière par défaut sans savoir s’ils sont vraiment capables d’enseigner. Or, ça, on aura beau
les (dé)former autant qu’on veut, ça ne s’apprend pas. Ce qui est quand même dommage c’est que pour leur faire la place on ait viré des profs contractuels, remplaçants, en place depuis longtemps
(6000 depuis 2002, sans que cela n’émeuve grand monde)."


Stéphane Guinot 02/12/2010 22:53


Réponse de Stéphane Guinot au commentaire de tdm :

Bien sûr qu’il faut bien commencer à travailler un jour. Mais enseigner est un métier qui s’apprend. Ca ne s’improvise pas.

Bien entendu, la formation qui était proposée avant la "réforme" au sein des IUFM était perfectible. Quant à dire qu’elle était "ridiculement inutile", je ne le crois pas. L’enseignant y apprenait
à organiser son travail sur l’année, sur chaque période, sur la semaine, sur la journée. Il apprenait à construire des séances, à gérer la relation avec les parents, à réguler les conflits au sein
d’un groupe. Il recevait des informations sur les stratégies que les élèves utilisent dans l’pprentissage de la lecture, etc... Beaucoup de personnes pense que l’IUFM ne formait pas car il ne
fournissait pas de "recettes" directement applicables par les enseignants. Mais il ne faut pas oublier qu’un enseignant n’est pas un "exécutant" de bonnes pratiques. C’est un concepteur.
L’enseignant doit sans cesse se remettre en cause, remettre en cause son travail, explorer de nouvelles pistes pour faire progresser ses élèves. Pour cela, il n’existe pas de recette. Chaque
enseignant doit trouver sa façon d’enseigner qui lui convient le mieux et adapter sa pratique aux élèves qu’il a en face de lui.

Je dirait donc qu’avant, la formation était bonne mais perfectible alors que maintenant, elle est inexistante. De plus, la réformer de la formation initiale des enseignants a des conséquences
graves sur la formation continue qui est elle aussi réduite à peau de chagrin.

Vous dites que la qualité de l’enseignement dépend de l’enseignant. J’ajouterais que la qualité de l’enseignant dépend en grande partie de la formation qu’il a reçue. Les enseignants sont
aujourd’hui complètement démunis face aux difficultés qu’ils rencontrent.

Vous dites également qu’apprendre sur le tas est moins pire qu’avant. Je ne le pense pas. D’abord il convient de préciser que la formation "ancienne version" était loin d’être complètement
déconnectée des réalités du terrain puisque les enseignants stagiaires passaient un tiers de leurs temps en responsabilité d’une classe : stage filé d’une journée par semaine dans une classe durant
toute l’année + 2 stages en responsabilité de 3 semaines chacun. Le reste du temps, passé à l’IUFM, parmettait à l’enseignant de réfléchir à sa pratique, de la confronter à celle des autres
collègues, d’analyser ses réussites et ses échecs, de préparer des séances qu’il allait tester devant ses élèves pour ensuite partager ses expériences avec ces collègues stagiaires. Il passait
également une partie de ce temps à aller observer, préparer et conduire des séances dans les classes de maîtres formateurs.

Quant à la phrase : "tout le reste n’est que gesticulation corporatistes syndicalistes", je ne la comprends pas.

Stéphane Guinot